Vrais réfugiés ou simples immigrants?

Sur le pont du remorqueur qui leur a porté secours, ce groupe de réfugiés sri-lankais attend d'être transféré à bord d'un autre navire. L'incident est survenu au début du mois d'août 1986 au large des côtes de Terre-Neuve (avec la permission des Archives du CFCP)

Les premiers Tamouls à émigrer du Sri Lanka vers le Canada arrivent à la fin des années 1960, en tant qu'« immigrants indépendants possédant des compétences qui pourront être mises à profit au Canada », une des catégories utilisées dans les critères d'accueil. Cependant, ils seront beaucoup plus nombreux à gagner le Canada en 1983, en tant que réfugiés cette fois, un conflit ethnique ayant entre-temps éclaté au Sri Lanka entre la majorité cinghalaise (des bouddhistes) et la minorité tamoule (essentiellement hindoue). On estime alors à 500 le nombre de Tamouls tués aux mains de la police et de l'armée sri-lankaises. Cette même année, les Tamouls commenceront leur lutte en vue d'obtenir un État indépendant.

En 1986, un bateau plein de ses passagers tamouls arrive au large des côtes canadiennes. En plus d'éveiller des soupçons quant à un éventuel passage de clandestins, l'événement mettra à rude épreuve la générosité canadienne à l'égard des réfugiés et sa capacité à protéger ses frontières.

Ce sont des pêcheurs terre-neuviens qui portent secours aux 155 Tamouls approchant de la côte de St. John's, et qui n'ont pour toute embarcation, que des radeaux de sauvetage ouverts. Des rumeurs — démenties par les réfugiés — selon lesquelles ces Tamouls sont venus au Canada depuis l'Allemagne de l'Ouest commencent à circuler. Le bruit court en Europe que, le mois précédent, 300 Sri Lankais auraient offert plusieurs milliers de dollars chacun à un passeur de clandestins, avant de quitter Hambourg en autocar nolisé pour Calais, en France. De là, ils se seraient embarqués sur un vraquier à destination du Canada. On rapporte également que des réfugiés tamouls à Paris auraient eux aussi payé leur passage vers le Canada. Ces affirmations soulèvent la colère de l'opinion publique canadienne. Elle appelle à ce que les Tamouls, qui ont réclamé l'asile en sol canadien, « rentrent chez eux ». En effet, beaucoup considèrent qu'ils ne sont que des immigrants qui ont essayé « d'entrer par la porte d'en arrière. »

L'année suivante, c'est un bateau rempli de sikhs qui approche des côtes de la Nouvelle-Écosse. Les protestations s'élèvent de nouveau au sein de la population mais, comme par le passé, les autorités canadiennes acquiesceront à leur demande d'asile.

Depuis ces épisodes, la politique canadienne sur les réfugiés a été remaniée à quelques reprises, notamment en 1989, alors qu'on adopte une disposition qui refuse dorénavant le statut de réfugié aux demandeurs qui proviennent d'un « tiers pays sûr ». La politique canadienne de reconnaissance du statut de réfugié peut être qualifiée d'exemplaire quand on la compare avec la situation à l'échelle mondiale; en moyenne, ce sont la moitié des demandes d'asile qui sont acceptées.