La « rénovation urbaine est une expression bien à la mode dans le Canada des années 1960. Bon nombre d'urbanistes ont les quartiers chinois à l'oeil, non dans un esprit de sauvegarde du patrimoine, mais plutôt dans la perspective de démolir ce qu'ils estiment être des sources de « pollution visuelle ». Bien souvent, ces quartiers chinois, alors en plein recul économique, ne sont plus habités que par des vieillards. Quand les quartiers chinois de Toronto et de Vancouver, les deux plus importants au Canada, sont menacés d'être rasés, on ne s'attend guère à ce que cela suscite des protestations.
Au milieu des années 1950, les Torontois se prononcent par voie de référendum en faveur de la construction d'un nouveau complexe municipal audacieux et moderne, comprenant un hôtel de ville et une place publique, qui devait servir d'emblème à la ville. Les autorités municipales procèdent alors à l'expropriation des deux tiers du quartier chinois et en rasent les terrains, « enterrant » par le fait même les 500 emplois des entreprises chinoises expropriées. À peine la place Nathan Phillips est-elle inaugurée officiellement en 1965, que les urbanistes sont déjà en train d'échafauder des plans pour remplacer ce qu'il reste du vieux quartier chinois par des tours de bureaux — des nouvelles qui ne manquent pas d'allécher les spéculateurs fonciers! Comme par le passé, ni les entreprises chinoises locales ni les résidents ne sont consultés. Ces deux groupes demeureront toutefois silencieux, peut-être parce que de nombreux Chinois se sont déjà résignés à voir disparaître leur berceau historique ou encore parce qu'ils se sentent impuissants à renverser de telles décisions. Un comité de sauvegarde du quartier chinois finit par s'organiser, ce qui permettra d'écarter la menace posée par d'autres plans d'aménagement pendant une décennie. Aujourd'hui, il ne reste que peu de vestiges du quartier chinois tel qu'il était au début des années 1900 : seules subsistent quelques bâtisses.
En 1966, les urbanistes de Vancouver annoncent la construction d'une première grande autoroute dans cette ville. Le projet prévoit des bretelles d'accès et de sortie passant par le quartier chinois, ce qui nécessitera la démolition des vestiges d'une zone appelée Strathcona, où habitent de nombreux Chinois. Déjà, six années auparavant, la municipalité avait rasé 11 îlots de Strathcona pour y construire des logements sociaux. Le fait qu'encore une fois, on ait de toute évidence passé outre aux consultations publiques déchaîne la colère des Vancouvérois. Après deux années de protestations soutenues, les citoyens de Vancouver forcent finalement le conseil municipal à abandonner le projet. En 1971, le gouvernement de la Colombie-Britannique désignera le quartier chinois lieu historique.
Pour en apprendre plus : Les quartiers chinois à travers le Canada