Je m’appelle Yar Taraki. Mon nom au complet est Yar Mohammad Taraki et je viens d’Afghanistan. Je suis né le 25 février 1964 dans l’une des provinces du sud de l’Afghanistan. Je n’avais qu’un an lorsque mon père a déménagé à Kaboul; il était un écrivain, un intellectuel et a mené sa carrière sur la scène culturelle afghane.
C’est à la fin de la guerre civile, soit en 1998, que j’ai immigré au Canada à titre d’immigrant reçu indépendant et j’y vis encore aujourd’hui. J’ai d’abord vécu en Afghanistan, puis je suis allé en Russie pour poursuivre mes études. Je suis diplômé de deux universités. J’ai d’abord suivi une formation en architecture et en ingénierie, ensuite j’ai suivi une formation aux beaux-arts. J’ai par la suite décidé de m’appuyer sur cette dernière formation pour poursuivre ma carrière et quand je suis arrivé au Canada, j’étais déjà un artiste professionnel reconnu, aussi bien en Afghanistan qu’à l’étranger. Mes œuvres ayant fait l’objet d’expositions dans plus d’une dizaine de pays, je suis considéré comme étant un artiste qui réussit relativement bien par mes pairs en Afghanistan et aussi par ceux d’autres pays orientaux.
J’ai toujours aimé l’Afghanistan malgré la sale guerre qui y a sévi et malgré les persécutions dont j’ai été victime. Puis c’est en 1992, quand finalement le risque d’être tué est devenu bien réel, quand les membres de ma famille – y compris les femmes – frôlaient sans cesse la mort en raison des bombardements et des fusillades, que je me suis dit qu’il était temps de partir.
À mon arrivée ici au pays, j’ai décidé en premier lieu, de résoudre mes problèmes affectifs et personnels en utilisant mes propres aptitudes. La première chose que j’ai réalisé, c’est que le marché de l’art est très impénétrable, très étranger. Grâce à ma formation en architecture, j’ai pu dénicher un emploi dans un cabinet d’architectes et parce que j’avais aussi une formation et de l’expérience dans le domaine artistique, j’ai commencé à dessiner, à produire beaucoup de dessins et de peintures. Entre 1998 et 1999, j’ai fait des centaines d’esquisses. Ces années-là, je devais composer avec un énorme choc culturel. En effet, j’arrivais dans un nouveau pays, bien différent de celui que je venais de quitter : tout était tellement nouveau et inconnu. Mais, quand j’ai déniché cet emploi dans le cabinet d’architectes, je me suis alors mis à participer à la vie de la communauté, à faire du bénévolat, ce qui pour moi a été une expérience tout à fait nouvelle et enrichissante. J’ai beaucoup voyagé, je suis allé dans plusieurs pays, mais la culture du bénévolat est formidable au Canada et je l’ai bien vite adoptée. C’est un excellent modèle pour tous les autres pays du monde.
On ne peut pas changer sa culture. On ne peut pas laisser tomber ou abandonner son patrimoine culturel. Il vous accompagnera toujours, telle une entité physique. Vous ne pouvez pas vous en départir, jamais. Et ce qui fait que le système dans lequel nous vivons est exceptionnel, c’est qu’il encourage cet aspect-là de la culture, il encourage le maintien de notre patrimoine et de nos valeurs. C’est pourquoi nous sommes sincèrement au service de ce pays, au service de cette nation.
Yar Taraki est un intervenant de Passages to Canada de l’Institut Historica-Dominion.