La porcherie

Après 1907, les immigrants chinois qui débarquent à Victoria doivent demeurer dans des « centres d'immigration » dans l'attente de rencontrer un agent d'immigration. Certains d'entre eux, qui y passent jusqu'à six longs mois, surnomment ces centres « porcheries » en raison de leur cour minuscule entourée d'un mur épais qui évoque une prison, et de leurs fenêtres à barreaux. (Avec la permission de Victoria City Archives/98010-01-1735)

Les agents responsables des points d'entrée et de sortie du Canada ont la possibilité de retenir et de mettre en quarantaine des voyageurs. C'est une mesure de lutte contre la transmission de certaines maladies. Par exemple, la quarantaine a permis de juguler l'épidémie mondiale du SRAS en 2003. Le tout premier poste de quarantaine canadien, la Grosse Île, situé près du port de Québec, a été mis en place en 1832, à la suite de l'éclosion d'une épidémie de choléra.

À Vancouver, au début du XXe siècle, les autorités mettent tous les nouveaux arrivants chinois en quarantaine pour trois mois, dans un immeuble bas, adjacent au quai du port. Peu importe que chaque passager ait déjà été examiné par un médecin blanc à bord et qu'il ait subi un traitement de désinfection par fumigation au soufre (ainsi que ses effets personnels)… alors qu'il était aligné entièrement nu avec les autres. L'immeuble en brique aux fenêtres à barreaux, où sont gardés les arrivants, est surpeuplé et insalubre; les Chinois l'appellent d'ailleurs « la porcherie ». On y retrouve les conditions de la traite des coolies du milieu du XIXe siècle et il rappelle les « porcheries » où des recruteurs sans scrupules enfermaient les travailleurs avant leur départ. Mais contrairement aux coolies qui, cent ans plus tôt, avaient souvent été soit enlevés, soit bernés pour qu'ils se portent candidats au travail à l'étranger, ces hommes étaient partis pour le Canada de leur plein gré. C'est un choix que beaucoup d'entre eux, déconcertés et nostalgiques de leurs épouse et famille restées au pays, ont dû remettre en question pendant leur pénible séjour en détention.

Pour en apprendre plus : Une histoire de enclaves ethniques au Canada