Bien que Marco Polo n’ait jamais vu la noble île de Cipangu (le Japon), ses récits à son sujet changent le cours de l’histoire. Le Japon de Marco Polo était une contrée mythique de l’Orient, regorgeant d’or et de richesses. « Aussi vous conterai une grande merveille d’un palais du seigneur de cette île, selon ce que disent les hommes qui connaissent le pays. Je vous dis tout vraiment qu’il a un grandissime palais tout couvert de plaques d’or fin… Ils ont perles en abondance… Ils ont aussi maintes autres pierres précieuses en bonne quantité. C’est une île si riche que nul n’en pourrait compter les richesses. »
La source de cette information est inconnue. Peut-être Marco Polo l’a-t il reçue de la personne qui l’a apportée à Kubilai Khan, ou peut être en a-t-il lui-même parlé à ce dernier. Peu importe, car lorsque Kubilai Khan en entend parler, « il se dit résolu à conquérir l’île. Sur ce, il envoie… une grande flotte de navires. » C’est cette flotte qui, en 1274, est repoussée et détruite par un kamikaze, ou vent divin.
Le livre de Marco Polo donne à un autre explorateur, Christophe Colomb (1451 1506), l’idée de trouver ce pays de grandes richesses. Christophe Colomb croit que Cipangu est la source antique d’épices comme la muscade, le clou de girofle, la casse et la cannelle indonésienne, et déclare qu’il doit trouver cette île, puisqu’il recherche ces types d’aromates. En 1484, en quête d’un « parrainage », il écrit au roi du Portugal, Jean II : « J’ai beaucoup lu dans le livre de Marco Polo et j’en ai conclu qu’au-delà de cet océan de l’Ouest [l’Atlantique], on peut naviguer jusqu’à cette île de Cipangu et d’autres terres inconnues. »
Marco Polo avait exagéré l’étendue de l’Asie à l’est, soutenant que Cipangu se trouvait à 2000 km, plutôt qu’à 800, de la côte chinoise. Christophe Colomb se sert de ce chiffre pour planifier son voyage vers l’ouest jusqu’aux Indes, concluant « qu’il n’y a pas de grandes distances à traverser sur la mer ». Le roi Jean, comme d’autres, considère Christophe Colomb comme un excentrique à l’imagination très active. Christophe Colomb ne trouve un « parrain » que des années plus tard. En 1492, la reine Isabelle d’Espagne accepte de financer son « Entreprise des Indes ». Au total, il effectue quatre traversées transatlantiques. Il meurt en croyant avoir découvert non pas le « Nouveau Monde », mais un passage vers l’ouest jusqu’à l’Asie.