Les Premières Nations de la Colombie-Britannique sont témoins de l’arrivée de nombreux immigrants du littoral du Pacifique durant la dernière moitié du 19e siècle et, lors du recensement de 1901, 11 p. cent de la population déclare sa descendance asiatique. Plus tôt, à l’époque de la ruée vers l’or du fleuve Fraser dans les années 1850 et au début des années 1860, la vallée du Bas-Fraser abrite plus de colons chinois que de colons britanniques. Ainsi, des années 1860 aux années 1880, les peuples des Premières Nations qui vivent dans cette région côtoient les immigrants chinois.
Le Sud-Ouest de la Colombie-Britannique est longtemps habité par les peuples de Coast Salish, connus sous plus d’une vingtaine de noms tribaux. Collectivement, on les appelle aujourd’hui « Stó:lõ » ou « peuple de la rivière ».
Les premiers à arriver de l’Est sont les Hawaïens, qui visitent pour la première fois le littoral pacifique de l’Amérique du Nord vers la fin du 18e siècle. Ils viennent avec des commerçants qui s’arrêtent aux îles hawaïennes lors de leurs voyages en Chine. Les Hawaïens deviennent membres d’équipage à bord de navires de commerçants. De 1829 à 1850, la Compagnie de la baie d’Hudson garde un agent à Honolulu pour recruter des hommes dans les environs. En 1812, une quarantaine d’Hawaïens sont établis à l’embouchure du fleuve Columbia. Ils s’emploient essentiellement à scier du bois et à défricher des terres pour l’agriculture. Bientôt, certains d’entre eux se marient avec des femmes autochtones.
À l’été de 1858, plus de 30 000 hommes du monde entier envahissent le canyon du Bas-Fraser en quête d’or. Bon nombre sont des Chinois. En 1861, plus de 2000 mineurs chinois travaillent les lingots d’or dans le Bas-Fraser. La vallée du Fraser compte alors tant de Chinois qu’un journaliste de la presse écrite à Yale dit qu’il n’a rien à écrire puisqu’il ne parle pas chinois!
Des relations complexes
Certains stó:lõ acceptent de nouveaux arrivants, d’autres s’unissent par les liens du mariage. Les Premières Nations et les Chinois se parlent et se comprennent. Les deux groupes parlent une langue combinant le cantonais, l’indien et une langue hybride appelée chinook. Cette langue partagée facilite la possibilité de mariage entre les Stó:lõ et les Chinois.
Les deux peuples interagissent aussi d’autres façons. Les Stó:lõ fréquentent les magasins et commerces exploités par les familles chinoises, ce qui constitue la base de la compréhension. Les chasseurs stó:lõ connaissent assez bien les besoins des médecins chinois locaux pour leur vendre les griffes et la vésicule biliaire des ours qu’ils tuent. À l’occasion, des Stó:lõ vont même les voir pour se faire guérir.
Les relations entre les Premières Nations et les Japonais sont plus problématiques. Les deux peuples sont en concurrence pour la pêche. En 1902, un représentant des Premières Nations se plaint auprès d’une commission royale que les Japonais contrôlent la pêche, empêchant son peuple d’avoir du travail et de gagner l’argent nécessaire pour se procurer de la nourriture.
Ces expériences montrent que les Stó:lõ ont des relations complexes avec les immigrants du Pacifique. À partir de l’établissement de Fort Langley en 1827, les gens du Sud et de l’Asie du Sud-Est et d’Hawaï jouent un rôle important dans la façon dont les peuples stó:lõ se comprennent eux-mêmes et comprennent les nouveaux arrivants. Les Stó:lõ qui organisent les premiers mariages avec les hommes au premier Fort Langley ne font pas de distinction entre les Hawaïens, les Canadiens et les Britanniques. Ces catégories sont méconnues de la société de Coast Salish. Avec le temps, toutefois, les Stó:lõ apprennent des Européens au fort que les Chinois sur place ont un statut social plus bas. En conséquence, ils préfèrent les mariages avec les employés canadiens et britanniques, qui correspondent mieux à leur statut familial.
Étant donné que des femmes stó:lõ se marient avec des Chinois, des conflits éclatent dans les communautés stó:lõ pour savoir qui est un membre accepté d’une famille, surtout au fur et à mesure que les terres de réserve diminuent et que l’accès aux ressources se fait de plus en plus difficile.
Au début du 20e siècle, la concurrence économique dans les pêcheries entre les Stó:lõ et les Japonais fait augmenter les tensions. Les chefs stó:lõ remettent en question la domination des pêcheurs japonais dans l’économie de la province, non pas en raison de sentiments racistes, mais en raison de leur frustration par rapport à ce qu’ils voient comme un abandon, de la part des gouvernements provincial et fédéral, de leur relation avec le peuple stó:lõ.
Bref, au début, les Premières Nations n’entretiennent pas de racisme envers les nouveaux arrivants d’Asie, comme le font les Européens et les Américains. Ils catégorisent les nouveaux arrivants en se fondant davantage sur la familiarité que sur les différences physiques. Ils les intègrent dans leurs catégories existantes, bien établies, mais aussi assez flexibles pour répondre aux nouvelles situations.
Pour en apprendre plus : Salish de la côte centrale