En Occident, la pratique consistant à faire appel à de la main-d'œuvre asiatique prend ses origines dans la traite des « coolies » (mot dérivé d'une expression du hindi, signifiant « journalier » ou « homme engagé », qui désignera plus tard les travailleurs indiens et chinois). Au milieu du XIXe siècle, lorsque la Chine perd la Guerre de l'opium pour la deuxième fois, une des concessions qu'elle doit faire aux puissances étrangères est d'accepter le recrutement de Chinois pour aller travailler hors du pays. Comme la Chine interdit alors à ses citoyens de s'établir en terre étrangère, les travailleurs sont embauchés par contrat. La Grande-Bretagne est le premier pays à faire appel à des coolies. Avec l'abolition de l'esclavage, il fallait, dans les plantations coloniales, remplacer les esclaves noirs devenus libres. Or, il se trouve que les conditions de travail misérables des coolies, et celles qui règnent à bord des navires qui les transportent, ne sont pas sans rappeler celles de l'esclavage.
Au Canada, les constructeurs de chemins de fer sont au bord de la faillite et accusent des retards importants dans l'achèvement des travaux. Ils adoptent alors l'idée (populaire aux États-Unis) d'engager en sous-traitance des milliers de travailleurs chinois. Les quelque 16 000 qui arrivent en Colombie-Britannique (certains en provenance des États-Unis) sont fiables, travailleurs, respectueux des lois et sobres. Leurs services sont économiques (ils gagnent un tiers du salaire des Blancs); ils achètent même leur propre matériel et acceptent d'exécuter les tâches les plus dangereuses et celles qui les mettent en danger de mort, ce que les Blancs refusent de faire. On en vient à embaucher des Asiatiques également dans les mines, les scieries, les camps de bûcherons et les conserveries. Là encore, les employeurs découvrent que les Chinois, les Indiens et les Japonais sont disposés à faire plus d'heures pour un salaire moindre, et à accepter un travail saisonnier. Bien entendu, ces ouvriers sont également exploités par des intermédiaires (généralement des parents) qui s'occupent du contrat de sous-traitance et travaillent comme contremaîtres pour les propriétaires blancs.
Malgré les efforts du Canada pour limiter leur arrivée, les Chinois ont longtemps constitué le plus fort contingent d'immigrants à la recherche d'un travail. Comme les autres travailleurs asiatiques au Canada, ils gardent à l'esprit que malgré le salaire de misère qu'ils gagnent à l'étranger, leur famille restée au pays est encore moins favorisée qu'eux.
Pour en apprendre plus :
Chemin de fer du Canadien pacifique
Les travailleurs chinois du chemin de fer