Le Cambodge et la Convention d'Ottawa

Plus de 40 millions de mines ont été détruites et des dizaines de milliers de kilomètres de sol contaminé ont été déminés (photographie par Eric Nanya).

Le Cambodge est malheureusement connu pour avoir plus de mines terrestres et de restes d’explosifs de guerre enfouis dans son sol que tout autre pays du monde. Près de trois décennies de guerre l’ont contaminé par les pièces d’artillerie non explosées; on estime à six millions le nombre de mines terrestres enfouies dans le sol, mais on ne sait toutefois pas où elles se trouvent vu l’absence de dossiers fiables. En effet, la plupart du temps, les soldats qui les installaient ne consignaient pas leur emplacement.

Aujourd’hui, le Cambodge possède un des taux de déficience physique les plus élevés du monde. Les données de recensement sont sommaires, mais on s’entend généralement pour dire que plus de 40 000 Cambodgiennes et Cambodgiens ont subi des amputations à la suite de blessures par mine depuis 1979, ce qui fait en moyenne près de 40 victimes par semaine pendant 20 ans.

Le Processus d’Ottawa

La Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction – plus connue sous les noms de Convention d’Ottawa ou de Traité sur l'interdiction des mines antipersonnel – résulte du leadership et de la coopération du Canada avec la Campagne internationale pour interdire les mines (ICBL). Le Processus d’Ottawa qui permet d’y aboutir est une démarche sans précédent et non traditionnelle, ayant nécessité un partenariat stratégique entre des organisations non gouvernementales, des groupes internationaux, les Nations Unies et des gouvernements.
Cette convention a pour objectifs d’élaborer un document grâce auquel les États pourront déclarer leurs intentions d’interdire les mines antipersonnel et de monter un calendrier décrivant les étapes pour mettre en place cette interdiction. Lloyd Axworthy, le ministre des Affaires étrangères du Canada, demande aux pays du monde entier de revenir au Canada une année plus tard pour signer un traité international visant à bannir les mines terrestres antipersonnel.

Effets de la Convention d’Ottawa

Le traité est signé en 1997 et entre en vigueur le 1er mars 1999. Environ 80 p. 100 des pays s’engagent à ne pas produire, utiliser ou stocker de mines terrestres et le commerce mondial de mines s’éteint presque complètement. Il n’en demeure pas moins que 70 pays ont encore des mines, qui tuent plusieurs milliers de personnes par année. La cueillette de données sur les incidents reliés aux mines est largement inadéquate, c’est pourquoi on ne dispose pas de chiffres exacts.

Plus de 40 millions de mines ont été détruites et des dizaines de milliers de kilomètres de sol contaminé ont été déminés. Parmi les pays concernés, certains ont encore à faire un travail important de déminage, tandis que d’autres sont en retard sur l’échéancier. D’autres encore n’ont pas d’idée précise de l’ampleur de la contamination, et d’autres n’ont encore aucun plan de déminage cohérent.

Les progrès en matière de déminage sont surveillés par l’ICBL. Les opérations sont effectuées par différents groupes, tant des ONG que des entreprises commerciales. Il s’agit entre autres de Mines Advisory Group (MAG), qui a été colauréat du prix Nobel de la paix en 1997 avec Jody Williams, fondatrice et coordonnatrice de l’ICBL. Mentionnons également une deuxième ONG, HALO Trust, une fiducie enregistrée en Grande-Bretagne; en janvier 2011, elle signale qu’elle a détruit plus de 1,3 million de mines depuis sa création il y a 22 ans. BACTEC, un autre groupe commercial participant au déminage, se spécialise dans le nettoyage des zones de bataille.

La Convention d’Ottawa au Cambodge

Le 3 décembre 1997, le Cambodge signe la Convention d’Ottawa et, le 28 juillet 1999, il ratifie l’entente. Selon l’article 5, toutes les mines doivent être enlevées d’ici le 1er janvier 2010. Le Cambodge signale avoir repéré et détruit 133 478 mines antipersonnel enfouies de 2000 à 2008. En août 2009, il dépose une requête pour une prolongation de dix ans de la date limite prescrite par l’article 5.

En 2008 et 2009, des soldats thaïs sont blessés lorsqu’ils passent sur des mines en patrouillant le territoire litigieux entre la Thaïlande et le Cambodge. La Royal Thai Army accuse les troupes cambodgiennes de déposer des mines le long des zones de conflit, près des chemins de patrouille périodiquement empruntés par les soldats thaïs. Le gouvernement cambodgien avance que les munitions ont été déposées durant les conflits armés précédents et que les soldats thaïs ont pénétré dans le territoire cambodgien sachant qu’il contenait des mines. En février 2010, un civil thaï plaide coupable d’avoir déposé des mines sur le territoire cambodgien et est condamné à 20 ans de prison. Il semble fort bien que déminer le pays ne soit pas aussi simple que repérer et enlever les mines laissées par des décennies de conflit.

Pour en apprendre plus : Campagne internationale pour interdire les mines