La notion de citoyenneté se dessine

En 1947, le Canada — conscient qu'interdire l'entrée des Chinois au pays va à l'encontre de la charte de la toute jeune Organisation des Nations Unies — ouvre de nouveau la porte à l'immigration chinoise après vingt-quatre années d'exclusion. (Avec la permission de The Province, Vancouver)

La contribution du Canada aux efforts des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale donne aux Canadiens une nouvelle assurance qui à pour effet de les stimuler à mettre en place diverses institutions et à former une société où s'expriment des valeurs propres au pays. À cet égard, la Loi sur la citoyenneté pose un jalon en 1947. L'idée germe d'abord dans la tête du ministre Paul Martin (père de l'actuel premier ministre), à l'occasion de sa visite au cimetière militaire canadien de Dieppe. Il prend soudainement conscience que ce sont des hommes de différentes origines ethniques qui ont combattu et qui ont donné leur vie pour le Canada. Jusqu'alors considérés comme des « sujets britanniques par la naissance » outre-frontières, les habitants du Canada sont maintenant reconnus comme des « Canadiens » et ce, tant à l'étranger qu'au pays.

À compter de 1947 — et ce, pendant toute la décennie qui suivra — le Canada courtise activement les immigrants, dont on n'aura pas vu une telle affluence depuis que des Européens de l'Est sont venus s'établir dans les Prairies. Cette fois, les visées sont d'ordre économique : on veut concrétiser les promesses du boum économique de l'après-guerre et pallier la pénurie de travailleurs industriels. Cependant, l'immigration ne sera pas ouverte à tous. Le premier ministre Mackenzie King rassure la population : le caractère essentiellement européen du Canada sera préservé. Les immigrants en provenance des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Belgique, des pays scandinaves et de l'Allemagne seront privilégiés. Les immigrants asiatiques ou africains, quant à eux, ne sont tout simplement pas les bienvenus.

Toujours en 1947, le Canada — conscient qu'interdire l'entrée des Chinois au pays va à l'encontre de la charte de la toute jeune Organisation des Nations Unies — ouvre de nouveau la porte à l'immigration chinoise après vingt-quatre années d'exclusion. Toutefois, seuls les femmes et les enfants dépendants de Chinois déjà installés ici auront le droit d'immigrer. Ironiquement, cela donne lieu à un commerce de faux papiers d'identité qui entraînera de nombreuses descentes de la GRC dans les quartiers chinois. Le Canada continuera par ailleurs d'appliquer des pratiques restrictives (quotas annuels) à l'égard de l'immigration des Indiens, des Pakistanais et des Ceylanais (ancien nom des habitants du Ceylan, maintenant appelé le Sri Lanka).

Pour en apprendre plus : À l’aube de l’adoption de la Loi sur la citoyenneté canadienne