Je suis Canadienne : Setsuko Thurlow

Setsuko en kimono traditionnel avant son départ du Japon pour les États-Unis. Photographie typique de celles prises dans le but de réaliser des mariages arrangés. 1950 (avec la permission de Setsuko Thurlow)

Je m’appelle Setsuko Thurlow. Je viens d’Hiroshima, au Japon. En 1955, après avoir obtenu mes diplômes universitaires au Japon et aux États-Unis et après avoir épousé un Canadien aux États-Unis, j’ai immigré au Canada. À l’époque, l’immigration d’Asiatiques était interdite, à l’exception des parents proches des citoyens canadiens. Je suis donc devenue une parente proche.

Mon mari et moi avons tous deux suivi des études de deuxième cycle à l’Université de Toronto, où j’étudiais en travail social. Les températures glaciales rigoureuses, l’adaptation culturelle et les pressions intenses qui pesaient sur moi sur le plan universitaire m’ont servi d’introduction à une vie stressante au Canada. Sans le soutien chaleureux et attentionné de mon nouvel époux, de ses parents, de sa famille et de ses amis, je ne pense pas que j’aurais survécu à cette période de ma vie. En 1957, nous sommes retournés au Japon où nous avons enseigné et exercé notre métier. En 1962, nous sommes revenus au Canada avec nos deux jeunes fils.

Depuis, j’ai consacré ma vie à mon métier de travailleuse sociale. J’ai travaillé en milieu clinique et scolaire. Mon métier est à la fois stimulant et gratifiant. Plus je découvrais le Canada – son histoire, la dynamique qui le sous-tend, la croissance du milieu socioculturel, plus mon identité canadienne, mon appartenance à cette identité, devenait bien ancrée. Bien sûr, en découvrant le Canada, j’ai découvert quelques pages sombres de son histoire, notamment l’internement des Canadiens d’origine japonaise et la taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois. Pourtant, malgré cela, les politiques sociales du Canada étaient – et sont toujours – progressives et axées sur l’être humain. Le multiculturalisme comme nouvel objectif national du Canada prôné par Trudeau avait été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme et ce, par plusieurs concitoyens, mais il s’est aussi heurté à des résistances ouvertes et sourdes. Il aura fallu beaucoup de temps pour le mettre en œuvre entièrement, de façon à ce qu’il touche la vie quotidienne des immigrants.

J’étais atterrée d’être constamment témoin de situations, par exemple dans le cadre de procédures neurologiques complexes où des personnes non qualifiées comme le personnel soignant, ou encore des comédiens/interprètes et même des enfants dans des écoles, étaient appelés à servir d’interprètes pour leurs parents ou enseignants. Une de mes préoccupations concernait les petits groupes minoritaires comme la communauté japonaise qui ne recevait pas l’aide dont ses membres avaient besoin alors qu’ils payaient des impôts. Cette situation m’a poussée à prendre une retraite anticipée du Conseil scolaire de Toronto et à consacrer les dix années suivantes de ma vie à mettre en place des services aux familles japonaises, services qui permettent aux immigrants et aux résidents japonais ne parlant pas l’anglais, de recevoir des services professionnels dans leur langue.

L’aspect le plus ardu de cette tâche a été de tenter d’influencer un changement dans les perceptions de la société dominante envers les immigrants et les résidents japonais d’une part et de l’autre, de faire comprendre à ces immigrants et résidents qu’ils avaient le pouvoir de reconnaître leur droit à demander de l’aide, si besoin. Peut-être que l’aspect le plus difficile et le plus irritant de ce processus a été de travailler avec les agences de financement. Mais, mon apport comme défenseur des services aux familles japonaises a porté fruit puisqu’on continue de fournir des services à la communauté japonaise et ce, malgré des difficultés financières.

Réflexion faite, je suis reconnaissante au Canada de m’avoir offert une vie stimulante et bien remplie. Je suis devenue une fière citoyenne canadienne. Le Canada est mon pays et je suis fière d’être membre de la grande famille canadienne.

Setsuko Thurlow est une intervenante de Passages to Canada de l’Institut Historica-Dominion.

En apprendre plus: Passages to Canada