Des tensions demeurent

Dans la culture asiatique traditionnelle, l'orientation d'une maison, celle de ses portes et fenêtres, ainsi que la disposition des meubles sont des éléments déterminants d'un bon Feng Shui. Dans les banlieues traditionnelles, il arrive souvent que les maisons des gens d'origine asiatique, comme celle-ci située à Vancouver, se distinguent. Parfois, on les traite de « monstrueuses » en raison de leurs dimensions imposantes. (Avec la permission de The Province, Vancouver)

Les grandes villes canadiennes commencent bientôt à subir des métamorphoses auxquelles la libéralisation des politiques fédérales en matière d'immigration n'est pas étrangère. Les nouveaux arrivants, qui viennent de partout sur la planète, sont généralement instruits, hautement qualifiés et travaillent souvent dans les professions libérales. La plupart d'entre eux se dirigent vers Vancouver, Toronto ou Montréal. Jusque vers le milieu des années 1990, parmi le flot d'immigrants asiatiques, le groupe le plus important vient de Hong Kong.

En 1971, le premier ministre Pierre Trudeau annonce l'adoption d'une politique nationale de multiculturalisme. Les politiques prônées par M. Trudeau envoient d'ailleurs un message clair au reste du monde : la société canadienne est diversifiée, équitable et tolérante. L'obtention de la citoyenneté canadienne représente un premier choix pour bien des émigrants; ce qui distingue le Canada des autres pays, c'est son caractère « inclusif ». La politique du Canada en matière d'immigration, qui devient loi en 1977, place tout le monde sur le même pied, les Canadiens de souche comme ceux qui ont immigré. En comparaison, bien des pays européens ou asiatiques accordent un traitement de faveur à leurs citoyens de souche. Les autres doivent se contenter d'un statut d'immigrant ou de « travailleur invité » et ce, même s'ils font partie de la deuxième ou de la troisième génération à habiter dans le pays. De plus, ils se voient souvent refuser l'accès aux programmes sociaux et aux emplois de la fonction publique.

Au fur et à mesure que les immigrants s'intègrent à la société, surgissent toutefois d'inévitables tensions raciales. L'acculturation (l'adaptation à une autre culture) est un enjeu de taille. Au milieu des années 1980, beaucoup d'immigrants bien nantis, entrés au Canada en provenance de Hong Kong en tant qu'investisseurs, soulèvent la colère des Vancouvérois qui ne prisent guère leur façon de raser arbres et terrains pour construire ce que ces derniers appellent des monster houses (résidences aux dimensions « monstrueuses »). Il arrive aussi que l'opinion publique s'indigne carrément. C'est le cas quand les manchettes de journaux font état de cas de contournement des listes d'attente pour l'entrée au Canada, ou encore de crimes racistes commis dans le cadre de guerres des clans. Des rivalités ethniques, religieuses, politiques ou autres qui avaient cours à l'étranger peuvent évidemment se transporter au Canada. À preuve, l'explosion en vol en 1985 d'un avion de la compagnie Air India en provenance de Vancouver. Le procès retentissant qui s'en est suivi a établi que ce sont les tensions divisant Sikhs et Hindous — ces derniers détenant le pouvoir — qui sont à l'origine de cet acte criminel des plus meurtriers.