Les réfugiés de la mer

En 1978, ce petit bateau, qui transportait 162 réfugiés vietnamiens en route pour le Canada, chavire près des côtes de la Malaisie et coule à quelques mètres du rivage. Les réfugiés seront sauvés. (Photographie : K. Gauger. Avec la permission du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés)

C'est en 1975 que prend fin la guerre du Vietnam. Les communistes du Nord du pays, ayant défait le régime du Sud soutenu par les Américains, introduisent des mesures répressives et hostiles à l'encontre des Sud-Vietnamiens, allant jusqu'à les dépouiller de leur maison et de leurs possessions, et à les empêcher de travailler. Parmi ces derniers, bon nombre sont au bord du désespoir. Alors, quand le gouvernement ordonne, en 1978, que les Chinois de souche — dont le régime se méfie en raison d'escarmouches à la frontière chinoise — quittent le territoire par bateau, beaucoup de Sud-Vietnamiens y voient l'occasion de fuir le pays.

Au cours de la décennie qui suivra, un million de Vietnamiens munis de faux papiers d'identité quitteront la côte vietnamienne à bord d'embarcations inaptes à prendre la mer. Ils espèrent ainsi atteindre les eaux internationales et y obtenir des secours. Ils doivent d'abord affronter de grands risques : noyade, sous-alimentation, déshydratation, attaque de pirates, viol, meurtre. Ceux qui parviennent à s'en tirer croupissent dans des camps de réfugiés sordides et surpeuplés à Hong Kong ou en Malaisie, ou encore demeurent tout bonnement confinés à leur bateau s'ils n'ont pas la permission d'accoster.

En 1979, au plus fort de la crise, le gouvernement canadien réagit en parrainant plusieurs milliers de réfugiés. De plus, les autorités déclarent qu'elles s'engagent à verser un montant équivalent à toute contribution du secteur privé au programme de parrainage. Beaucoup de Canadiens qui se manifestent alors, le font par gratitude, car ils ont fait partie des contingents de réfugiés qui ont trouvé asile au Canada en 1956, quand les troupes soviétiques ont réprimé le soulèvement hongrois. La générosité du Canada à l'endroit des réfugiés de la mer reflète un sentiment humanitaire alors en plein essor. C'est tout à l'opposé des événements d'un demi-siècle auparavant, quand le Canada a refoulé le vapeur Komagata Maru et ses passagers sikhs. En tout, le Canada accueillera plus de 50 000 réfugiés vietnamiens entre 1978 et 1981, soit le quart de tous les nouveaux arrivants entrés au pays pendant cette période.