Une identité canadienne… avec ou sans trait d'union?

Pour marquer le Nouvel an chinois à Vancouver en 2005, la fête du « Gung Haggis Fat Choy » a été organisée en l'honneur du poète écossais Robbie Burns. L'expression s'inspire des vœux échangés à l'occasion du Nouvel an chinois : « Gung Hay Fat Choy »! (illustration tirée de l'affiche du Nouvel an chinois 2005).

Quand « l'identité » nationale fait l'objet de discussions, le « trait d'union » finit le plus souvent par faire partie des débats. Est-ce qu'il a sa place ou non? Doit-on parler de Japonais ou de Nippo-Canadiens, d'Indiens ou d'Indo-Canadiens? Ou simplement de Canadiens? Toutes ces appellations sont-elles justes? Un nombre croissant de Canadiens se disent d’origine ethnique, selon les réponses d’un recensement national. Si l’on regarde les résultats du recensement de 2006 qui comporte le nombre le plus important de participants, 10.1 million de citoyens y ont inscrit être d’origine canadienne, soit unique (5,7 million), soit alliée à une autre origine ethnique (4,3 million). L’origine canadienne était la plus souvent citée, mais ce nombre était en décroissance comparé au questionnaire de 2001, dans lequel 11,7 million de gens y avaient indiqué être d’origine ethnique canadienne.

La distinction entre Canadien-anglais et Canadien-français retentit d'un écho à saveur plus historique. En 1958, le premier ministre John Diefenbaker fait un véritable enjeu de l'emploi du mot Canadien sans trait d'union. Il déclare alors : « Je suis le premier, premier ministre de ce pays qui n'est ni d'origine anglaise ni d'origine française. Je suis donc déterminé à faire émerger une citoyenneté canadienne universelle… »

Certains soutiennent que c'est la politique multiculturelle du premier ministre Pierre Trudeau qui a conduit à la double identité de certains Canadiens : ce qui a peut-être eu pour effet de dénaturer l'identité nationale. Les réfractaires à cette politique s'interrogent à savoir, quelles sont ses répercussions sur les finances publiques; ils se demandent si sa finalité devrait être de préserver le patrimoine et les traditions des différentes ethnies. Le débat s'est en outre élargi; désormais il porte également sur le sens de la « diversité » en ce qui concerne les produits artistiques et culturels canadiens, lesquels dépendent étroitement du financement public.

Les prochaines générations de Canadiens donneront sans doute leur propre couleur au multiculturalisme. Le recensement de 2006 indique que 289 420 couples mariés ou conjoints de fait sont de races différentes, soit un tiers de plus que lors du recensement de 2001. Les couples inter-raciaux représentent 4% des unions au Canada, preuve que le phénomène des unions mixes croît à un rythme inégalé au Canada.

Il se peut que, dans le contexte de la mondialisation croissante, où la rencontre des cultures est un phénomène quotidien, le débat sur la pertinence du « trait d'union » perde de sa légitimité. En fait, le recours aux termes « Chinois » ou « Canadien » (ou « Trinidadien » ou « Canadien ») relève peut-être davantage des sensibilités en jeu.

Un exemple frappant du changement d’attitude face aux relations inter-raciales est l’un des événements qui a marqué le Nouvel an chinois à Vancouver en 2005, soit la fête du « Gung Haggis Fat Choy » en l'honneur du poète écossais Robbie Burns et des vœux échangés à l'occasion du Nouvel an chinois : « Gung Hay Fat Choy ».

Pour en apprendre plus :
Le Canada, une famille très diverse
Choix identitaires et représentations de l'identité issue de l'immigration chez la deuxième génération