Les réalités économiques

Après le Japon et la Corée, la Chine est le dernier des « tigres asiatiques » à accéder au rang de puissance économique mondiale, mais l'Inde les suit de près. Ces deux puissances émergentes se démarquent des autres « tigres » par leur taille imposante (illustration de Yin Yi-Qiu).

Pendant la majeure partie de son histoire, le Canada, en tant que pays commerçant relativement petit, concentre essentiellement son attention sur l'économie européenne. Plus tard, il se tournera vers celle des États-Unis. Toutefois, le phénomène croissant de la mondialisation — qu'il s'agisse de forces économiques ou de mouvements de population — fait en sorte que des événements se produisant au loin peuvent avoir des répercussions ici même au pays. La flambée des cas de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui se manifeste d'abord en Chine en 2003 en est un exemple. Les voyageurs propagent rapidement la maladie au Canada, si bien que l'économie du pays s'en trouve elle aussi freinée.

Le Canada se tourne de plus en plus vers l'Asie et c'est la Chine qui en est la cause principale. Pendant bien des décennies, l'Occident souhaite bénéficier d'un accès commercial à la Chine, ce « marché de un milliard de personnes ». En 1979, la Chine risque une timide tentative en adoptant sa politique dite de la « porte ouverte » à l'égard de l'Occident; cette ouverture prendra de l'ampleur à mesure que l'économie planifiée de l'État chinois cédera le pas à la montée du capitalisme. Le rang de la Chine dans l'économie mondiale illustre bien les conséquences de ce phénomène : elle passera du dixième rang, qu'elle occupe en 1980, au deuxième, tout de suite après les États-Unis, en 2002; on prévoit que, entre 2020 et 2030, la Chine dépassera les États-Unis pour devenir la plus grande force économique du monde. Le Japon se classe au 3e rang, suivi de près par l’Inde qui, prédit-on, pourra dépasser la Chine d’ici 2050.

Par ailleurs, des investissements circulent dans le sens ouest-est, soit vers la Chine et l'Inde, ce qui se traduit par des emplois perdus au Canada et des perturbations dans les localités touchées. Les coûts de fabrication extrêmement faibles que l'on retrouve en Chine sont tout à l'avantage des entreprises, et celles du Canada ne s'en privent pas. Dans le but de tirer profit de la main-d'œuvre indienne instruite et bon marché, bien des sociétés occidentales font de l'« impartition » en confiant certaines activités de leur entreprise, notamment la gestion de données et le soutien technique, aux travailleurs indiens. Le Canada est aussi touché d'une autre façon, la Chine démontrant un appétit marqué pour les matières premières et l'énergie. Le gouvernement chinois étudie ainsi la possibilité d'acheter une participation dans des compagnies charbonnières, des aciéries et des usines de bois de sciage canadiennes, afin de garantir son approvisionnement, ce qui risque de soulever les préoccupations de la population au sujet du contrôle d'entreprises canadiennes par un gouvernement étranger.

Attitudes face aux échanges commerciaux avec l’Asie

Les attitudes face à ces changements sont stables. Bien que les Canadiens reconnaissent la puissance économique de l’Asie et croient qu’un engagement avec l’Asie est souhaitable pour la prospérité du pays, ils semblent toutefois hésitants à accueillir la Chine. En fait, selon un sondage effectué en 2010, 48% des répondants voient l’émergence de la force économique de la Chine comme profitable pour le Canada mais 58% considèrent comme une menace la croissance de leur pouvoir militaire.

Par contre l’Inde, en tant qu’autre puissance économique émergente, est considérée par les Canadiens comme étant une éventuelle possibilité qui semble être moins menaçante que la Chine, des points de vue économique et militaire. En général, les Canadiens ne croient pas que l’Inde pourrait aider à la prospérité du pays autant que peut le faire la Chine par exemple, le Japon ou encore le Sud-Est asiatique.

Relations est-ouest

Cela dit, le commerce et les investissements ne représentent qu'une partie des nombreux éléments régissant les relations entre les pays. Ainsi, en 1989, la Chine s'attire les foudres de l'Occident pour sa répression brutale de la manifestation étudiante sur la place Tian'anmen. En 2004 surgit un différend entre la Chine et le Canada qui ne s'entendent pas sur le sort à réserver aux 44 Nord-Coréens qui ont cherché l'asile politique à l'ambassade canadienne de Beijing. Ceux-ci obtiendront finalement la permission de quitter la Chine pour un tiers pays non identifié.

Les pauvres performances quant aux enjeux environnementaux de l’Inde et de la Chine ont souvent été pointées du doigt. Ces pays dépendent du charbon pour produire l’électricité ce qui, à cause de la très grande population, entraîne des effets néfastes sur les émissions de gaz à effet de serre. En 2010, les Nations-Unies annonçaient, dans le cadre de son programme Mécanisme de développement propre, des mesures pour construire des usines plus modernes et plus propres en Inde et en Chine. Puisque de ces échanges commerciaux et culturels découlent une réflexion sur ces enjeux, ces deux pays ont maintenant implantés de nouvelles mesures de protection de l’environnement.

Pour en apprendre plus : Mondialisation