Racisme et préjugés

À la suite des émeutes raciales de 1906, à Vancouver, des particuliers constatent les dommages infligés à des boutiques asiatiques. (Avec la permission de la Bibliothèque des livres rares et collections spécialisées de l'Université de la Colombie-Britannique/36-17)

À la fin du XIXe et dans la première moitié du XXe siècle circule un sentiment quasi généralisé d'intolérance à l'égard de la présence des Asiatiques au Canada. Les Blancs considèrent que ces nouveaux venus « enlèvent » des emplois aux ouvriers du pays. Ils craignent que les Chinois soient porteurs de maladies, vu leur état de pauvreté. Les sociétés de célibataires du quartier chinois nourrissent l'imagination des Blancs qui leur prêtent des mœurs immorales ou scabreuses. Des préjugés de ce type sont loin de faciliter l'intégration des Asiatiques au sein de la société canadienne.

Ce qui est troublant, c'est moins l'existence de fausses croyances au sujet des immigrants ou résidents asiatiques que les attitudes délibérément racistes des gouvernements canadiens, en réaction à ces préjugés. En effet, les hommes politiques cèdent à l'opinion publique lorsqu'ils interdisent l'entrée des Asiatiques au Canada et encouragent le départ de ceux qui sont déjà là. Ils imposent des taxes discriminatoires et promulguent des règlements, des décrets et des lois de même nature. Ils mettent à l'essai différentes mesures de découragement; par exemple, ils limitent le nombre de Chinois qui peuvent entrer par bateau et ils imposent des taxes sur les services d'éducation et de maintien de l'ordre, sur l'emploi et même le lavage des vêtements et les chaussures!

Le gouvernement fédéral tente d'appliquer des mesures encore plus larges : il exige des ressortissants des Indes orientales sollicitant leur admission au Canada, d'y arriver par voie directe, alors qu'il n'existe aucune desserte par navire à vapeur entre l'Inde et le Canada, ce qui leur aurait permis de remplir cette condition. Une mesure particulièrement sévère reste la promulgation d'une loi visant à interdire complètement toute immigration chinoise (à l'instar des États-Unis qui l'ont fait quelques décennies auparavant).

Peu de Japonais sont admis au Canada, mais leur immigration fait l'objet d'un accord avec le Japon. Le quota annuel fixé en 1907, déjà très bas, est encore rabaissé à 150 en 1928, mais il est rarement atteint. Le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale suscite des réactions d'inquiétude de la part des Canadiens. La crainte irraisonnée que les personnes d'origine japonaise puissent porter allégeance à l'ennemi débouche sur une politique d'internement. Cette grave injustice que représente l'internement de 22 000 résidents japonais constitue une tache sombre sur l'histoire de la démocratie moderne au Canada.