Les nouveaux arrivants

Durant les années 1890, alors que le travail se fait rare pour les ouvriers du chemin de fer, bon nombre de Chinois ouvrent des blanchisseries pour gagner leur vie. On voit ici la blanchisserie de Sam Tui, à Golden (Colombie-Britannique), vers 1910. (Avec la permission de Fort Steele Heritage Town, FS 331.1)

Parmi les premiers immigrants asiatiques, nombreux sont ceux qui ne comptaient pas s'établir à demeure au Canada. En effet, certains ouvriers ayant participé à la construction des chemins de fer restent parce que les propriétaires n'ont pas respecté leur convention de rapatriement… et parce qu'ils sont trop pauvres pour payer leur billet de retour. Laissés à eux-mêmes, ces Chinois s'établissent dans la ville où ils ont occupé leur dernier emploi et ouvrent en général l'unique place d'affaires chinoise de la ville.

L'intention de bon nombre de Chinois employés dans les mines, les conserveries et les scieries était d'abord de repartir après avoir économisé assez d'argent. Mais, plus ce départ est retardé, souvent pour cause de mauvais coups du sort, plus les Blancs s'irritent de leur séjour prolongé. Le fait que ces groupes ethniques fassent « bande à part » intensifie le stéréotype véhiculé par les Blancs concernant leur inaptitude à s'intégrer à la société canadienne. Ce préjugé ne tient toutefois aucun compte de l'existence de lois canadiennes visant les Indiens et les Chinois qui rendent difficile, voire impossible, la réunification des familles. Alors que le temps passe et que l'instabilité provoquée par la guerre en Chine retarde encore l'échéance du retour dans leur pays, beaucoup finissent par fonder des familles et s'établir pour de bon au Canada.

La façon dont ces immigrants sont perçus par l'ensemble de la société dépend également de la situation économique. Lorsqu'il y a pénurie de travail pour les anciens combattants de retour chez eux après la Première Guerre mondiale, on accuse les Asiatiques de prendre les emplois de Blancs plus méritants. Les immigrants asiatiques, dont la plupart sont des ouvriers non qualifiés, sans instruction et isolés par la langue, ne disposent que de très peu de moyens officiels pour réclamer un meilleur sort. Non seulement ils sont privés du droit de vote au Canada, mais leurs pays d'origine n'y ont aucune représentation diplomatique.

Pour en apprendre plus : Des vies de misère: la blanchisserie chinoise