Où est Cathay?

La reine Isabella faisant ses adieux à Christophe Colomb, lors de son départ pour le Nouveau-Monde (artiste inconnu, avec la permission de Sons of the South Fine Art Gallery).

En Europe, l'imaginaire collectif est grandement influencé par la description des aventures de Marco Polo en Asie. Des visions d'or et d'épices rares se bousculent dans la tête des explorateurs. C'est parce qu'il pense pouvoir atteindre l'Inde en mettant le cap à l'ouest sur l'Atlantique que Christophe Colomb débarque en Amérique. Et c'est parce que John Cabot a lu les récits de Marco Polo qu'il ne peut croire à la thèse de Colomb voulant qu'il ait atteint Cathay. Voilà pourquoi Cabot a son propre plan quand il arrive en Angleterre : il parviendra aux terres du Grand Khan en voyageant sous de plus hautes latitudes. C'est ainsi qu'il découvre la « Terre neuve » en 1497 — soit la côte est du Canada.

Après la disparition de Cabot, en mer, lors de son deuxième voyage, son fils Sébastien prend la mer à son tour en 1507, « pour se rendre à Cathay par le nord et pour rapporter ainsi des épices beaucoup plus rapidement que les Portugais, qui naviguent vers le sud ». Pourtant, même les explorateurs les plus optimistes réalisent déjà que le tout nouveau territoire découvert par Colomb et Cabot n'est pas Cathay ou l'Inde, mais de nouvelles terres bien moins prometteuses. Pendant encore deux siècles, les explorateurs tenteront de trouver le moyen d'atteindre Cathay, que ce soit en contournant ou en traversant ce nouveau continent. La conviction qu'il existe une voie nordique permettant de contourner le Canada, un « passage du Nord-Ouest », poussera les explorateurs à braver les glaces de l'Arctique au cours des 300 années.

C'est avec l'espoir de pouvoir atteindre Cathay en passant par l'Amérique que l'explorateur italien Giovanni da Verrazzano sillonne en vain la moindre baie et la plus petite anse le long du littoral atlantique, ce qui lui permet tout de même de revendiquer l'Amérique pour la première fois au nom de la France. Alors que Jacques Cartier, en 1534, entreprend de « découvrir certaines îles et terres où, dit-on, se trouvent de grandes quantités d'or et d'autres choses précieuses », on garde encore espoir qu'un détroit ou un passage dévoilera la route vers l'Asie.

Qui sait si les grands explorateurs qui suivront, comme Samuel de Champlain, croient toujours réellement que Cathay se trouve juste au détour d'un rapide ou d'une baie — ou si la recherche d'un chemin plus facile vers la richesse a simplement servi de prétexte à leurs expéditions? La fonction de Champlain en tant que gouverneur de la Nouvelle-France vise en partie «—à trouver le passage le plus facile du dit pays vers le royaume de Chine et les Indes orientales.—»

D'autres encore, comme Cavelier de La Salle, seront envoyés plus au sud à la recherche du « passage » vers la mer de Chine. L'explorateur Jean Nicollet, pour sa part, est tellement convaincu qu'il va rencontrer des Chinois à proximité de la baie Green sur le lac Supérieur qu'il porte une tunique en étoffe damassée de Chine, parsemée de fleurs et d'oiseaux multicolores.

Bien entendu, aucun de ces explorateurs ne découvrira la mer de Chine. Néanmoins, la quête des trésors de Cathay racontés par Marco Polo continue d'animer les explorateurs jusque dans les années 1800.

Pour en apprendre plus : John Cabot