La traite des fourrures avec la Chine

Au large, le capitaine James Cook et son équipage à la chasse aux morses avec, en arrière-plan, le HMS Resolution, c 1778 (tableau de John Webber, avec la permission du National Maritime Museum).

Durant les années 1700, ni les explorateurs, ni les commerçants ne parlent d'un passage facile vers la Chine. La géographie n'est plus un mystère : un immense océan, le Pacifique, sépare la côte ouest de l'Amérique et l'Asie. Le premier à lever le voile sur la géographie de la région comprise entre la côte du Nord-Ouest et l'Asie est James Cook. En 1778, ce grand explorateur anglais ramasse quelques fourrures de loutres de mer, un animal qu'il connaît à peine. Par un heureux hasard, il trouve à Canton en Chine, des acheteurs très empressés.

Quand d'autres commerçants britanniques entreprennent la traite des fourrures avec les Premières Nations de la côte — pour ensuite transporter leurs marchandises en Chine —, ils ne font qu'ajouter un maillon à la longue chaîne d'échanges qui ont relié la Chine au reste du monde pendant quelque 2000 ans. Depuis les premiers temps des échanges, jusqu'en 1800, il est d'usage pour les bateaux de passer la saison chaude (de mai à septembre) à faire du commerce sur la côte, avant d'hiverner à Hawaï et de mettre ensuite le cap sur la Chine. Les fourrures y sont échangées contre du thé, de la soie et de la porcelaine, puis les bateaux regagnent leur port d'attache, en Grande-Bretagne ou en Nouvelle-Angleterre.

Dans le commerce avec la Chine, le thé est la nouvelle marchandise à la mode : considéré par l'Angleterre notamment, comme un bien de plus en plus essentiel. Ce nouveau commerce maritime avec l'Asie se fait envers et contre tout : tempêtes, maladies et attaques de pirates ne sont que quelques-uns des obstacles à franchir.

La Chine fait preuve de tolérance à l'égard du commerce, même si ses besoins et son enthousiasme pour des contacts avec l'extérieur demeurent des plus restreints. En fait, elle est encore presque autosuffisante, mais montre beaucoup d'empressement à se procurer ces pelleteries de loutres de mer si exceptionnelles. Sur la côte du Nord-Ouest, les Première Nations connaissent la valeur des peaux, ce qui donne lieu à des négociations serrées avec les commerçants. Cependant, une concurrence de plus en plus vive et des périodes d'échanges annuelles de plus en plus longues menacent sérieusement la population de loutres de mer. En 1802, la plupart des bateaux mettent deux années pour ramasser une seule cargaison de peaux.

Le commerce des peaux de loutres de mer, somme toute éphémère, constitue un des moments les plus insolites de l'histoire des échanges mondiaux, mais il a des répercussions durables. Il sert de base aux premiers liens économiques directs entre la côte du futur Canada et l'Asie. On lui doit aussi la venue des premiers ouvriers chinois en Amérique. Une situation qui, si elle n'est que temporaire, permet de réunir des peuples qui ont jusque-là vécu séparés par les vastes étendues des hauts plateaux de l'Asie centrale.

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